Le Havre : le changement dans la continuité

Baptiste Maurand, jusque-là directeur général adjoint, a pris ce 15 avril les rênes du Grand Port maritime du Havre avec un objectif : poursuivre le plan d’investissement de 600 millions d’euros déjà engagé.

Directeur général adjoint du Grand Port maritime du Havre (GPMH) depuis octobre 2016, Baptiste Maurand succède à Hervé Martel, lui-même nommé à Marseille. Par arrêté de la ministre auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, chargée des
Transports, en date du 9 avril 2019 et publié ce 14 avril dans le “Journal officiel”, l’ingénieur des Ponts et Chaussées de 38 ans a été nommé président du directoire du GPMH par intérim. Le changement dans la continuité : Baptiste Maurand, qui devait jusque-là “piloter et encadrer les actions et réflexions des directions opérationnelles”, entend mener à terme le plan d’investissement lancé en juin 2018 par le conseil de surveillance. Un plan passé depuis de 500 à 600 millions d’euros, en raison du développement du projet d’éolien de Siemens Gamesa. Et ce d’ici janvier 2021, date annoncée pour la création du futur établissement public qui devra regrouper les ports de Haropa (Le Havre, Rouen et Paris).

Achever Port 2000, inauguré en 2006 est désormais la priorité, “investissement le plus stratégique pour poursuivre le développement du port”. La dernière phase va consister à réaliser les deux postes à quai supplémentaires de 700 mètres de long, pour un montant de 150 millions d’euros. Suite à l’appel d’offres, la sélection du concessionnaire choisi pour l’exploitation des quais est prévue en juin, pour des quais opérationnels en 2022. La concession a fait l’objet d’une motion du conseil de développement qui conteste la forme juridique retenue pour la future convention de terminal, soit une concession de service.
Des objectifs de volume de trafic sont fixés et des pénalités financières appliquées, en cas de non-atteinte de ces objectifs, “comme à Anvers, rappelle Baptiste Maurand. Il s’agit que les performances de cet outil soient à la hauteur de nos investissements et des ambitions du port”.

Le nouveau patron du port devra aussi mener le projet d’accès fluvial direct à Port 2000 avec la chatière. Bonne nouvelle, la Commission européenne a accordé en mars dernier une subvention de 25 millions d’euros, dans le cadre de l’appel à proposition Transport 2018 du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE). Des études sont encore menées, sur le bar et la sédimentologie, l’enquête publique devrait être lancée en 2020, les travaux commencer en 2021 et la mise en opération en 2023. Pour le port intérieur historique du Havre, des travaux de modernisation étaient prévus sur les Terminaux Nord, avec une enveloppe de 85 millions d’euros, pour pouvoir accueillir des navires de plus 400 mètres quai de l’Atlantique, grâce à un tirant d’eau de 17 mètres. Changement de cap : “Une phase de dialogue va être relancée avec les opérateurs et les clients pour revoir toutes les options possibles en fonction des segments de marché complémentaires à Port 2000”, précise Baptiste Maurand.

Le GPMH veut également relancer une procédure de concession sur le Terminal multimodal qui affiche en 2018 une progression de + 7 % avec 90.000 conteneurs traités : “Nous voulons intégrer, suivant les recommandations de la Cour des comptes, l’exploitation de la navette ferroviaire qui relie les terminaux maritimes au terminal multimodal, sous DSP actuellement, pour davantage de souplesse et de réactivité avec un seul exploitant”. Un appel d’offres sera prochainement lancé, pour une attribution d’ici fin 2019. D’importants travaux sont également en cours sur le port, même si le budget n’est pas bouclé, pour l’aménagement des terrains destinés à accueillir, en 2020, l’usine d’éoliennes de Siemens Gamesa. Autant de dossiers menés par “un port qui peut porter cet ambitieux programme grâce à son excellente situation financière”,
s’est réjouie Emmanuèle Perron. La présidente du conseil de surveillance du GPMH a rappelé que “la marge brute d’autofinancement du port est passée de 18 à 55 millions d’euros entre 2012 et 2018, ce qui nous donne la capacité d’investir et de nous développer”. Autre indicateur au vert, le ratio dette/MBA ramené à trois ans contre treize en 2013. Le chiffre d’affaires du port s’est élevé à 195 millions d’euros en 2018.
Ces bons résultats sont dus, selon le GPMH, à l’augmentation des recettes, liée à “une bonne tenue” des droits de port, à la politique domaniale du port, avec “80.000 m2 d’entrepôts inaugurés par an”, à la maîtrise des charges et le soutien croissant de l’État.“Le trafic de conteneurs pleins hinterland affiche, assure le port, une progression constante depuis dix ans de + 27,4 %”. Cette croissance du trafic est principalement portée par l’export, notamment vers l’Amérique du Nord, à + 54 %.

NATALIE CASTETZ / L’Antenne 17/04/2019