AMCF : les trois ou quatre obsessions des agents maritimes et consignataires

C’est à l’hôtel d’Avaray à Paris, lieu de réception diplomatique de l’ambassade des Pays-Bas, que l’AMCF a convié acteurs portuaires et maritimes pour l’investiture de Nicolas Barnaud, PDG de Worms France, à la présidence. Il succède à Christophe Buisson qui a incarné le syndicat six ans durant. Une mandature sous le signe de…

Bel écrin que cet hôtel particulier du xviie (avec un porche portant devise hollandaise “Je maintiendrai”) pour une passation de “pouvoir”. L’association des Agents maritimes et consignataires de France (AMCF) avait convié partenaires, membres, clients et professionnels du monde portuaire et maritime ce 11 juin rue de Grenelle pour assister à une nouvelle étape dans la vie de l’organisation professionnelle, issue il y a deux ans de la fusion du Syndicat national des agents maritimes (Snam) et de la Fédération des associations de consignataires et agents maritimes (Facam). À Christophe Buisson (par ailleurs président de Sealogis), qui a piloté pendant six ans l’association, a succédé Nicolas Barnaud, PDG de Worms Services maritimes, à l’issue de l’assemblée générale. “J’ai passé de longs moments de ma vie dans l’armement, que ce soit dans la ligne régulière ou dans le vrac, tant solide que liquide et pour le compte d’entreprises qui n’existent plus aujourd’hui ou ont été diluées au sein des grands comptes du secteur”, s’est-il présenté au parterre, sous les ors d’un des salons de l’ambassade. Militant – administrateur du Cluster maritime français depuis sa création, président à deux reprises du Snam –, le nouvel élu pour un mandat de deux ans était également membre du bureau (trésorier) dans la précédente équipe de Christophe Buisson. Il se retrouve à la tête d’un mouvement représentant 2.750 salariés répartis sur différents ports et une centaine d’entreprises, soit plus 90 % de l’activité “liner” et 95 % de l’activité “consignations”.

Plusieurs sujets au long cours sur le feu

Les professions représentées par le syndicat – sans réelle problématique de valorisation de leur expertise vis-à-vis de leurs partenaires (commandants de bord, autorités portuaires locales, douanes…) – font toutefois valoir une problématique de reconnaissance du statut d’agent maritime, dont les fonctions sont de plus en plus techniques et spécialisées. “On attend de nous de plus en plus de conseil, qu’on soit de véritables références en matière de logistique portuaire, avec une connaissance de toutes les réglementations et des systèmes”, pose Nicolas Barnaud. L’agent consignataire et maritime exerce en effet plusieurs fonctions : sous sa casquette de consignataire, il est chargé de représenter l’armateur dans un port, de fait responsable du bon déroulement de l’escale d’un navire, et, dans sa fonction d’agent maritime, est missionné pour recruter du fret. Il collecte en outre les droits de port pour le compte des douanes.

Un statut semblable à l’OEA

“Nous avons espoir que les services de l’État accèdent rapidement à nos requêtes légitimes. On ne demande absolument pas à ce que nos métiers soient réglementés comme ils peuvent l’être pour les commissionnaires de transport mais simplement reconnus au regard des engagements et responsabilités pris par nos membres chaque jour quand ils accueillent les bateaux”, explique le nouvel élu. C’est un sujet récurrent pour l’AMCF (une obsession pour ainsi dire). Depuis quelques années, le syndicat prêche auprès de ses pairs pour qu’ils les soutiennent dans leur quête d’un “coup de tampon parisien” qui pourrait prendre la forme d’un agrément validé par les services de l’État et dont les critères seraient définis par le syndicat. Quelque chose de semblable au “statut OEA”, indique le président (un statut que sa société Worms a d’ailleurs obtenu). Le dossier est désormais dans les mains de la Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer (DGITM). “Les professionnels qui ont besoin de notre appui nous soutiennent mais ils nous disent ne pas pouvoir prendre de décision sans le blanc-seing de leurs autorités. C’est à cela qu’on s’attache. Et cela nous paraîtrait normal que le commandant de port puisse avoir à sa disposition une liste d’agents agréés sur sa place portuaire”. Parmi les autres dossiers qui animent le syndicat, il est un sujet d’actualité sur lequel il estime “avoir son mot à dire” et avoir prise en tant que “principaux utilisateurs” du logiciel et “petit actionnaire” de son éditeur : le Cargo Community System AP+, logiciel qui permet de fluidifier la circulation des marchandises destinées à être importées, exportées ou transbordées. Issu d’une collaboration entre leurs places portuaires respectives et développé par les entreprises informatiques portuaires havraise Soget et marseillaise MGI (dont des représentants étaient visibles dans l’assemblée), le système commun a migré en deux logiciels distincts. “Cela va considérablement compliquer la tâche de nos métiers et ne va pas dans le sens de ce qui était souhaité par les acteurs : l’unification. Cela sera notamment problématique pour les grandes lignes régulières qui ont déjà tendance à concentrer un certain nombre de fonctions sur un port. Cela veut dire que, demain, un armement peut faire toutes les opérations portuaires à Marseille à partir du Havre parce qu’il y a son back-office. Et donc, que ces équipes vont avoir deux systèmes à gérer. Ce sera vite la cacophonie”, imagine-t-il.

A propos de la fiabilité sociale

Paradoxalement, si une certaine paix sociale règne sur les quais depuis plusieurs années, l’AMCF ne démord pas de sa volonté à obtenir un engagement de service minimum. Une exigence qui ne rencontre pas beaucoup de réceptivité du côté des “amis” et “voisins” dockers. “S’ils prenaient l’engagement que tout ne s’arrêterait pas le jour où il y a un mouvement, cela donnerait de la fiabilité à nos ports. Cela a été possible dans d’autres professions”, interroge-t-il faussement. Reste un autre dossier à problème : la formation. “Nous avons clairement un problème de recrutement dans nos métiers. Nos professions sont exigeantes”. Nicolas Barnaud préconise la création d’un diplôme reconnu nationalement “et non plus seulement localement”. C’est un des éléments “qui pourrait redonner de l’attractivité à nos métiers auprès des jeunes”, croit-il savoir.

Adeline DESCAMPS (L’Antenne du 15/06/2018)